Nous arrivons à Montréal mercredi 19 février a 13H15 (heure locale). Les chiens sont restés 17H00 dans leur cage de transport avant que l`on puisse les récupérer. Heureusement, nous leur avions administrés des calmants avant notre départ de Paris. Alors que tout était calé depuis la France, nous avons eu tout de même des soucis d'ordre administratifs qui nous ont fait perdre du temps et de l`argent.

Sur Montréal, nous sommes accueillis a l`aéroport par monsieur et madame Langlois, membres de l`International Police Association (Sureté du Québec), ainsi que notre Ami David, pilote a Air Inuit.

Après des heures d'attente a l'aéroport de Montréal Dorval, nous partons chez Pascal et Nancy, notre "famille d`accueil" pour notre passage sur Montréal. Les chiens y seront installés comme il se doit : à la stake-out dans leur jardin. Nous constatons que les chiens ont été très perturbés par le voyage et le décalage horaire.

La journée suivante a été consacrée aux achats nécessaires à notre expédition (et qui ne pouvaient être amenés depuis la France) ainsi qu'à la logistique téléphone satellite, location camion etc...

Le 21 Février nous décollons de Montréal sur un vol Air Inuit pour arriver à KUUJJUARAPIK, Village de la Baie d'Hudson à 11H15.

Nous sommes accueillis par le capitaine Larry Hubert, responsable de la police du Kativik pour la baie d'Hudson ainsi que par Daniel, chef Cargo d'air Inuit et Gaétan Boudreau.

A la descente de l'avion, nous sommes saisis par le froid intense et le vent qui souffle sur le tarmac de l'aéroport. Température -30 degrés et le vent à 40 km par heure.

Nous sommes installés dans une maison de transit de la police, car la moindre chambre d'hôtel coûte 1000 Frs par jour. Nous installons les chiens.

La plupart d'entre eux tremble de froid, ceci est dû au fait que nous les avons transporté 2 par 2 dans les cages pour le voyage Montréal - Kuujjuarapik.

La condensation a déposé l'humidité sur leurs poils et la bave coulée au fond des cages leur a trempé les coussinets. La plupart d'entre eux sera transit de froid et passe son temps a soulever ses pattes du sol gelé, alors que le thermomètre dépasse allégrement la barre des moins 30 degrés à l'approche de la nuit.

Un jour et demi de repos et d'acclimatation sont prévus a Kuujjuarapik, notamment pour dégourdir les pattes des chiens.

C'est l'occasion de rencontres avec des Inuit et des Indiens Crees qui composent la population de ce village (600 Inuit et 2000 Crees). Des contacts privilégiés sont noués avec des personnes de l'administration en poste ici.

Marie-Claude, stagiaire policier, Guerlaine et James : respectivement responsable de crèches et professeur a l'école Inuit et à l'école Cree du village. Car tout ici existe en double : 2 communautés donc 2 administrations : écoles, polices, mairies, magasins etc... et deux noms de villages : WHAPDAGOOSTUI (en Cree) et KUUJJUARAPIK (en Inuit). Ils se côtoient, ils se respectent. Leurs origines et leurs traditions sont différentes mais ils partagent le même village. C'est le dernier endroit où vivent les Crees, plus au nord, les villages sont peuplés exclusivement d'Inuit.

Au petit matin du dimanche 23 Février, la température frôle les -40 degrés, le froid est intense et nous mord la moindre partie de peau non couverte.

Nous préparons nos traîneaux très lourdement chargés de 100 kg de matériel chacun. Tout est prévu : notre nourriture et les croquettes des chiens pour 9 jours, la hache, le fusil, la scie, le réchaud, le GPS, la tente, le téléphone satellite etc... Nous devons être totalement autonome.

A 9H50, précisément, nous levons l'ancre (à neige) !!!

Les chiens démarrent a fond sur la route glacée du village. Nous avons pris soin de leur mettre de la graisse a traire aux pattes pour les préserver des blessures de la glace.

Un dernier salut de la main a nos amis qui nous suivent en voiture jusqu'aux portes du village et nous pénétrons dans la Toundra Arctique.

Après quelques kilomètres nous rejoignons la banquise de la baie d'Hudson à la pointe Tikiraq Ungalliq, plein nord en direction des îles Maver. Le froid est intense sur la mer gelée et nous sommes obligés de mettre les équipements grand froid : masque en néoprène, vestes et salopettes snow goose, vêtements achetés a Montréal et issus des recherches polaires arctiques.

Les chiens sont déjà blanc de givre qui se colle également sur la collerette en poils de coyote de notre capuche. Nos moufles en peau de renard et loup, ramenés d'une précédente aventure en Laponie, nous sont fort utiles.

Après la fougue du départ, le rythme ralenti, les chiens travaillent bien mais les traîneaux très lourds font crisser les patins sur la neige et la glace de la banquise.

La caravane composée de 6 et 4 chiens progresse lentement et le froid s'intensifie. Nous patinons régulièrement pour aider l'équipage et ne pas rester immobile. Au bout de plusieurs heures, nous stoppons pour boire une gorgée de café déjà presque froid malgré la thermos Vango.

Valérie se casse les dents sur une pâte de fruits dure comme de la pierre, et Daniel sur une barre de céréales. Ce sont nos uniques repas du midi avec un peu de mélange (cacahuètes, noix de cajou, fruits secs) que nous avons préparés.

A cet instant, je décide de faire un point GPS et la surprise après 30 secondes, les piles sont déjà HS alors qu'elles étaient neuves à notre départ de Kuujjuarapik et que l'appareil est porté à l'intérieur de la veste en duvet d'oie. Je remarque que la condensation a gelé sur l'appareil, preuve que notre activité sur le traîneau nous a fait transpirer.

Ce n'est pas bon. Lorsqu'il fait un froid intense, la transpiration est un ennemi. Le thermomètre frôle les -40 degrés et le léger vent sur la banquise nous glace. Ici, aucun obstacle n'arrête sa progression, sauf... le musher et ses chiens.

La caméra, l'appareil photos ne répondent plus. Tout est bloqué : trop froid bien que protégés par des sacs en micro polaire. Plus grave, le téléphone satellite, notre lien avec la civilisation ne répond plus.


Nous progressons malgré tout sur la banquise, KOOMA, notre chienne esquimau du Groenland, se met à vomir du liquide brun à plusieurs reprises, elle est vraiment malade !

Il est 16H30 lorsque nous décidons de nous rapprocher de la baie pour y installer notre campement. Daniel aperçoit des traces de loup qui font le double de celles de nos chiens. Après une demie heure de traversée, nous atteignons la côte. Notre objectif : trouver un endroit plat et abrité du vent pour nous y installer pour la nuit. Ce n'est pas chose facile à cet endroit de la toundra. Nous nous enfonçons dans la neige jusqu'à la taille. Valérie chausse les raquettes à neige et essaie de damer un coin pour y mettre la tente.

Daniel, quant à lui, a installé les chiens à la stake out. Ces derniers se sont chargés eux même de se creuser un trou où ils se réfugient aussitôt.

L'installation de la tente devient très compliquée. La rapidité de montage à Grenoble n'est plus du tout la même, et pour cause... Très certainement à cause du froid, un arceau ( le système de maintien de la tente) à cassé. Nous sommes désabusés.

Dans cette région hostile sans campement solide, notre progression va devenir périlleuse.

Daniel arrivera à caler pour la nuit la tente. Nous avons quand même la chance que le vent souffle peu cette nuit là. Par la suite, Daniel coupe quelques branches de sapinettes avec une scie et essaie de démarrer un feu. Il faudra utiliser un demie bouteille d'essence C pour avoir un semblant de feu mais il ne sera pas possible de le maintenir. Valérie entre temps installe le campement : peau de caribou, matelas thermarest, sacs de couchage et sursacs en gore tex dans la tente. Le froid est intense et nous fait une barre au front. Une fois le réchaud démarré, nous mangerons une soupe, à la suite de quoi Valérie, transit de froid, se jette dans son sac de couchage juste après avoir admiré l'aurore boréale qui coiffe la baie d'Hudson.

Ciel étoilé, aurore boréale, froid extrême, le grand nord nous fait son spectacle.

La condensation accumulée autour de notre visage durant notre progression, nous glace et nous obligera d'être trempés le reste de la nuit...

Daniel, lui, se fait un repas lyophilisé "Voyager". Il fera également fondre de la neige pour remplir une bouillotte que Valérie glissera dans son sac de couchage.

Durant toutes ces préparations, Daniel a retiré ses moufles en peau de loup. Il n'aura plus que ses sous gants. L'onglet gagne chacun de ses doigts alors que la température avoisine les moins 50 degrés.

A 20H00, extinction des feux. Les chiens n'ont pas bougé depuis leur repas sec aux croquettes. Dans nos sacs de couchage, les minutes commencent à ressembler à des heures...

Le sommeil ne vient pas, nous luttons contre le froid !

N'ayant pu nous sécher, nous baignons dans notre humidité qui gèle avec le froid, c'est insupportable !

Alors aue tout était calme dehors, nous entendons des craquements dans la neige et le bruit se rapproche de la tente. Les craquements se déplacent autour de nous. Nous reconnaissons nettement les pas d'un animal. Nous avons la même pensée en tête et réalisons que le fusil est resté dans un des traîneaux à 20 mètres de la tente...

Après plusieurs minutes, Daniel siffle les chiens pour les faire réagir. Rien ne se produit, aucun chien ne répondra et les bruits s'éloignerons. L'animal est parti...

Le restant de la nuit sera plus paisible mais trop froid. Nous ne dormirons pas et attendons avec impatience le levé du soleil pour plier notre camp.

Il faudra attendre 7H00 du matin.

Pas question de préparer le moindre petit déj.

Nos moindres mouvements désormais seront comptés.

Il nous faudra pas moins de 10 minutes pour enfiler chacune de nos bottes Sorel, devenues dures comme de la pierre. Nous ne sentons plus le bout de nos pieds, cela fait affreusement mal.

Le pliage de la tente et autre sac de couchage est tout aussi difficile. 

Malgré la puissance et la volonté de nos chiens, notre progression n'est pas assez rapide pour que nous puissions atteindre le prochain village dans les temps.

A deux jours du campement où nous sommes, se trouve le Richmond Gulf, un endroit extrêmement dangereux : les courants sont si forts que la mer ne gèle pas dans certains lieux et paradoxalement, en d'autres secteurs, des blocs de glace de 3 à 4 mètres de haut sont enchevêtrés les uns dans les autres. L'orientation y est un vrai calvaire.

Un bilan s'impose :

- tente endommagée
- un chien malade
- batteries du téléphone satellite HS
- piles du GPS qui s'épuisent à vu d'œil
- sous vêtements trempés
- vestes en duvet et sacs de couchage gelés
- et surtout les bouts des doigts de Daniel qui sont gelés...

Après avoir bien analysé la situation, nous décidons de ne plus progresser vers le nord.

La moindre tempête, ou pire, l'arrivée du blizzard pourrait nous être fatale dans ces conditions surtout en ce qui concerne l'arrimage de la tente.

C'est avec un vent de face cinglant et une température de moins 42 degrés, que nous remettons les deux attelages en marche. Après quelques kilomètres le long de la côte, et des figures acrobatiques sur de la glace vive, nous tirons plein Ouest pour croiser une piste qui redescend vers le sud. KOOMA vomit toujours et l'attelage de Valérie s'en trouve ralenti. Les autres chiens travaillent bien, l'air chaud qui sort de leur gueule gèle instantanément et couvre leur poil d'un manteau blanc. Il ne nous est malheureusement pas possible de prendre de photos ni de filmer.

Le froid est intense et Daniel qui a passé beaucoup de temps au camp, seulement équipé de sous gants, a le bout des doigts qui brûle. Après plusieurs heures de traîneaux sur la banquise de la baie d'Hudson, à voir défiler des paysages fantastiques dont on a temps rêvé, on atteint la côte et rejoignons le village de KUUJJUARAPIK. Nous sommes accueillis par quelques personnes qui voient débarquer deux Zombies couverts de glace.

Daniel ne sent plus du tout l'êxtremité de ses doigts, et sur les conseils d'autochtones, il se rend en visite à l'hôpital local. Le bout de ses doigts est blanc, le sang n'irrigue plus et des cloques se sont formées. Le diagnostique du médecin est sans appel : brûlure par le froid, il est urgent de cesser l'exposition au froid sous peine de perdre les doigts !! ...


Main dont les extrémités des doigts sont brulés par le froid

Quatre semaines pour la guérison et plusieurs années pour retrouver la sensibilité perdue compte tenue de la détérioration des tissus, Dans ces conditions, notre progression devient limitée. En effet, la manipulation de petits objets (parfois métalliques) ne peut se faire qu'en sous gants. Les moufles sont inefficaces ...

Une nouvelle décision est à prendre : nous ferons désormais des raids en étoile dans la région de la Grande Rivière de la Baleine à partir du Poste de la Baleine.


Les températures ne varient guère: en dessous de -40°C la nuit (jusqu'à -45°C) et -30/-35°C en journée; ce à quoi il faut rajouter le facteur vent; ainsi le Wind-Watch de chez Silva relève des températures de -50°C à -60°C à l'aube et -40/-45°C la journée. L'hiver est particulièrement froid cette année, en ce moment nous apprenons qu'il fait -27°C à Montréal.

Au village, nous faisons la connaissance d'Andrew, un fin chasseur Cree, qui nous conseille sur les zones à découvrir sur la carte et les dangers à éviter: rivières et banquises ouvertes, parcours chaotique...

Lui, chasse les lagopèdes, les renards pour la peau, et surtout les caribous. Ces derniers ne devraient pas tarder à arriver dans la région. En effet, c'est à cette époque que leur migration les conduit dans la province du Kativik. Les hardes sont suivies de prêt par des meutes de loups qui prélèvent leur butin dans le troupeau.

Le retour en masse des caribous est une aubaine pour les peuples du grand Nord. La viande est excellente. Nous avons pu nous régaler avec un bon ragoût. Les cornes servent à confectionner des objets d'art ou quelques articles utilitaires. Quant à la peau, elle est fort utile pour isoler du froid. Elle est partout, dans les remorques des Ski-Doo, à l'intérieur des "teepees", dans les camps de chasse. Nous en avons acheté une qui nous est indispensable pour nos déplacements.

Parfois nous attelons 8 à 9 chiens et partons ensemble sur le même traîneau. Kooma se remet doucement; heureusement, nos vétérinaires de Vif nous avaient préparés une bonne pharmacie pour nos compagnons. D'autres chiens restent aussi à tour de rôle au repos, soit pour des soins (langue qui saigne à cause du gel et pattes qui sont restées collées à la glace), soit pour faire une pause. Nous parcourons en moyenne 40 à 50 km par jour: au-delà des îles Merry sur la banquise, le long de la rivière Denys, grande rivière de la baleine, rivière Kukutan, lacs Kapaykut, Atikamakw, Kamaschakwakmawi-Amiskw et dans de nombreux endroits qui ne portent pas de nom... Ici tout se ressemble. Tout est blanc, tout est figé.

Une journée par très grand froid, nous avons même vu les quelques rares Inuits qui se trouvaient dehors, "marcher à reculons" pour éviter d'avoir le vent de face !!!

Les pattes des chiens résistent malgré les passages difficiles en glace vive et en poudreuse. Lors de notre progression dans la toundra, nos attelages ont engagé des courses folles tantôt avec un renard polaire ou un lièvre blanc, tantôt avec un lagopède, sorte de perdrix blanche. Ce volatile est très répandu dans le grand Nord. Un samedi, à l'occasion d'une de nos sorties, alors que nous surplombions la banquise, nous apercevons au loin un regroupement d'Inuits. Nous décidons de les rejoindre. Ils s'étaient installés à l'abri derrière un îlot. Les femmes pêchaient au trou dans la glace tandis que les hommes chassaient le phoque. Quel merveilleux spectacle de la vie des Inuits empreints de la vie traditionnelle. Alors que nous approchons, tous accourent pour admirer nos chiens; nous immobilisons l'attelage à bonne distance. Nos chiens auraient vite fait de s'emparer des produits de la chasse et de la pêche.

Un vieil Inuit en habit traditionnel, prend place sur les patins du traîneau, faisant semblant de "musher" tout en admirant les pièces en bois de frêne. Cela fait éclater de rire les autres Inuits. C'est vrai qu'il est magnifique ce traîneau, fait sur mesure par notre ami Vivien BASSON des traîneaux jurassiens. Solide et confortable, du bon travail. Une femme apprécie particulièrement nos animaux et les caresse un à un sauf Typee qui ne veut pas se laisser approcher. On nous pose de multiples questions, car dans la région de Kuujjuarapik il n'y a pas d'attelage de chiens de traîneaux. Ces gens sont ravis: la femme essaie de retenir le nom de tous nos chiens et éclate de rire en les prononçant. On nous signale que des hommes sont entrain de dépecer un phoque un peu plus loin. Valérie les accompagne et filme la scène. A mains nues, un Inuit tranche la graisse de phoque avec son Oulu. Des personnes mangent des morceaux crus et des femmes pêchent des poissons au trou. Ce sont des scènes ancestrales qui sont pratiquées depuis des siècles; quel magnifique spectacle ! A cet instant, nous avons la récompense de mois de préparation fastidieux, un travail long et minutieux, semé d'embûches et d'espérance; que de moments difficiles !!!

A l'origine, nous devions partir à 4 attelages, 22 chiens, et 1 photographe en motoneige. Pour finir, nous sommes partis qu'à deux... ce qui change assez radicalement les choses.

Nous ne dirons jamais assez merci à David et Peggy sur place à Puvirninitaq ou à Montréal, qui ont fait un travail colossal pour que cette aventure ait lieue. Sans eux, rien n'aurait été possible.


Typee, notre chienne de tête, Esquimau du Groenland, fait de l'excellent travail : elle mène l'attelage en se retournant de temps à autre pour s'assurer qu'elle effectue ce que l'on attend d'elle. Avec la navigation au GPS ou à la boussole le travail du chien de tête est primordial.

Sans trace, ni piste, il n'a plus les mêmes repères qu'en France et se dirige exclusivement à la voix.

Typee a pris confiance, et ici rien ne la perturbe : elle " slalome " entre les épinettes lorsque nous remontons la rivière de la grande baleine, et évite les crevasses et autres fissures sur la banquise.

C'est une bonne expérience pour cette jeune chienne.

Nos chiens sont nourris avec des croquettes " Pro Plan Performance " que nous avons achetées à Montréal car nous ne pouvions les importer de France. La quantité quotidienne est de 500 grammes par chien. Une excellente nourriture est indispensable car nos compagnons brûlent énormément de calories durant l'effort dans le froid polaire.

Ils perdront peu de poids durant cette aventure, à peine 1 ou 2 kg, hors mis Kooma, qui elle, a perdu une taille de harnais. Elle récupérera vite avec le repos estival.

Ce n'est pas le cas de leurs congénères en terre Inuit, qui eux, ont une vie bien plus rude. La plupart est nourri très occasionnellement (viande de caribou ou de phoque), ce qui nous a fait remarquer qu'ils ne résistent pas mieux au froid que nos chiens venus d'Europe. Les jours les plus froids et les plus ventés, ils se cachent sous les maisons…

Il est vrai que ce n'est pas la couche de graisse qui peut les protéger ; ils sont souvent efflanqués.

Lors de notre passage au village d'Inukjuak, nous avons appris que certains d'entre eux étaient parfois retrouvés gelés le matin, car ils étaient restés collés par la langue à la glace dans les rues du village ; probablement en quête de nourriture.

Cela aurait pu arriver à notre chien Moose, qui en se léchant les pattes, est resté accroché à la glace par la langue. Mais ce puissant mâle groenlandais a tout arraché, résultat : il saignait comme un cochon.

Dans ce même village, les chiens errant, à l'âge adulte, peuvent être abattus par les Inuit, qui se voient remettre 25 $ canadiens pour chaque animal. C'est le seul moyen qu'ils ont dû trouver pour limiter la prolifération des chiens. Le vétérinaire ne passe qu'une fois par année dans chaque localité du Nunavik. Sans moyen contraceptif, les femelles sont saillies à chaque chaleur. Contrairement à nos chiens nordiques, elles mettent le plus souvent au monde que peu de chiots (1 à 3). La nature a fait sa sélection…

Plus au nord, où la présence de Nanook, l'ours polaire, est plus fréquente, les chiens sont attachés sur la banquise à l'aide d'une chaîne, et servent de remparts et de gardiens. Si l'ours ne pénètre pas dans le village, il sera épargné. A l'inverse, il sera tué par le chasseur désigné ce jour là.

Les jours et les kilomètres se succèdent, nous sommes très attentifs aux pattes de nos chiens. Nous les inspectons régulièrement, fidèles à la devise esquimaux " Pas de patte, pas de chiens ". Mais nous n'aurons pas besoin de mettre les bottines ; les coussinets sont certes usés, un peu crevassés, mais rien de grave.

Braves chiens sans qui nous sommes perdus.

Nous retrouvons les liens ancestraux qui unissent l'homme du Grand Nord et les chiens polaires.

L'homme avait besoin du chien pour survivre, et inversement. C'est pour cela qu'un husky, un mala, un sam ou un groenlandais ne ressemblera jamais à un autre chien.

C'est aussi pour cela qu'on les aime, et que l'on se passionne.

Dans les épreuves, face aux éléments, l'homme et le chien se découvrent réellement.

On ne trompe personne dans le Grand Nord, ou alors, pas longtemps…


Cette Aventure menée au NUNAVIK, pays des Inuits, nous apporte encore :

  • Un peu plus d'expérience : La découverte du mushing sur la banquise et la prise en compte des risques qui en découlent ; le froid polaire extrême avec -57 °C ( avec le vent au levé du jour) et l'importance capitale du matériel et des vêtements utilisés. 
  • Un peu plus d'émotion et de passion : Une fascination qui grandit pour le Grand Nord et les peuples qui y habitent. Ce qui nous amènera à découvrir encore d'autres régions polaires et leur population.
    Une passion qui ne s'éteindra jamais pour les chiens nordiques et particulièrement pour nos malamutes et groenlandais , chiens fantastiques, nobles, francs, courageux et rustiques.
    Nous tentons de les ramener à leurs origines, loin des show dogs…
     
  • Un peu plus le sentiment d'avoir œuvré pour la cause des malades leucémiques en faisant connaître un peu plus cette terrible maladie.
    Une pensée particulière à tous mes amis d'A.V.A.L (Association pour la Vie des Aplasiques et leucémiques) et un salut à mon pote Jeannot qui est toujours un peu de toutes mes Aventures…
  • Un peu plus de belles images dans les yeux et de projets dans la tête.
    Les aurores boréales, la faune et la flore du Grand Nord, les reflets de la banquise, la pureté du "grand blanc", et les visages des enfants inuits gravent à jamais notre mémoire.
    Ainsi naissent des envies de découvertes d'autres contrées glacées, d'autres visages, d'autres façons de vivre en Nord. D'autres grandes épopées avec nos chiens nous attendent déjà :
    La Sibérie est en préparation, et le peuple Nenets nous fascine…

Dans l'attente toute la "Tribu CHOMETTE" ainsi que quelques rêveurs passionnés comme nous, iront batifoler et user les patins des traîneaux en février 2004 au Nord Est de la POLOGNE. Une cabane forestière isolée au milieu de l'immense forêt polonaise nous attend et nous rapprocherons nos nordiques de leurs cousins les loups.

A bientôt.

Daniel

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